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fethi d'alger 19/07/2015 23h05

l'Anomalospize parasite(Anomalospiza imberbis)
 
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La femelle de l'Anomalospize parasite ressemblerait à un oiseau "innocent" pour tromper ses hôtes
Sa ressemblance étroite avec les femelles des euplectes lui permettrait d'augmenter ses chances de pondre dans le nid des prinias.

source : ornithomedia
Le parasitisme de couvée consiste pour certains oiseaux à pondre dans les nids d'autres espèces (les hôtes). Le couple "victime" de ce procédé s'occupe de l'œuf de l'intrus et nourrit l'oisillon jusqu'à ce qu'il devienne autonome. L'exemple le plus connu est le Coucou gris (Cuculus canorus) qui parasite les nids de différentes espèces de passereaux (lire Un Coucou gris nourri par deux bergeronnettes et un rougequeue). Les hôtes évoluent parfois pour mettre au point des défenses contre ces parasites, qui à leur tour s'adaptent pour contrer ces mécanismes de protection. Ces adaptations et réactions évolutives sont remarquables et diversifiées (lire La ruse étonnante du petit du Coucou de Horsfield).

L'imitation d'un modèle inoffensif est une forme courante de ruse : les exemples d'oeufs, d'oisillons et de jeunes volants des parasites ressemblant à ceux de leurs hôtes sont nombreux : cela leur permet de limiter les risques de rejets par les parents adoptifs. Toutefois, plusieurs hôtes réagissent vivement dès qu’ils voient des parasites adultes et ils éjectent alors systématiquement les oeufs suspects. Une solution possible pour limiter cette défense est donc de ressembler à une espèce inoffensive ou neutre (mimétisme agressif).

Le mimétisme agressif a été peu étudié chez les oiseaux adultes. La femelle de l'Anomalospize parasite ou Tisserin coucou (Anomalospiza imberbis) ressemble étroitement aux femelles des espèces du genre Euplectes, des oiseaux sympatriques (= vivant dans le même biotope) et inoffensifs : l'anomalospize était d'ailleurs autrefois rattaché à la même famille, les Plocéidés. Le mimétisme agressif n’est efficace que lorsque l'imitateur (dans ce cas, l'Anomalospize parasite) est rare par rapport au modèle (les euplectes), ce qui est le cas dans les savanes d'Afrique australe.
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Femelles de l'Anomalospize parasite (Anomalospiza imberbis) (à gauche) et de l'Euplecte ignicolore (Euplectes orix) : notez leur grande ressemblance.
Photographie : Claire Spottiswoode / Proceedings of the Royal Society of London B

Dans une étude publiée dans le numéro de juillet 2015 de la revue Proceedings of the Royal Society of London B, quatre biologistes ont comparé les plumages des femelles de l'Anomalospize parasite, de trois espèces de veuves (genre Vidua) et de quatre espèces d'euplectes, toutes présentes dans la zone d’étude située dans le district de Choma, au sud de la Zambie. Après avoir mené une étude comparative des couleurs et des motifs, ils ont constaté que les anomalospizes femelles ressemblaient plus étroitement aux femelles d'euplectes qu'à celles des veuves, pourtant plus proches génétiquement.

Ils ont ensuite voulu vérifier si la Prinia modeste (Prinia subflava), la principale espèce parasitée par la femelle de l’anomalospize en Zambie, était capable de différencier cette dernière de la femelle de l'Euplecte ignicolore (Euplectes orix), commune dans la zone d'étude : pour cela, des mâles et des femelles naturalisés de l'Anomalospize parasite et d'Euplectes ignicolore ont été présentés à 15 couples de prinias. Ils ont pu vérifier que la Prinia modeste était tout aussi agressive envers la femelle de l'Anomalospize parasite qu'envers celle de l’Euplecte ignicolore, pourtant inoffensive (= elle ne parasite pas son nid), et qu'elle rejetait aussi vivement un œuf étranger après avoir vu une femelle d'Anomalospize parasite qu'une femelle d'Euplecte ignicolore. Elle réagissait par contre peu en présence d'un mâle, au plumage très distinct.

Ces résultats montrent que la femelle de l'Anomalospize parasite a évolué pour imiter parfaitement le plumage des femelles d'euplectes, au point que la Prinia modeste est incapable de les différencier. Ainsi, "dans le doute", afin de limiter les risques de parasitage, elle les rejette toutes. Dans la zone d'étude, l'Anomalospize parasite ne semble donc pas profiter de son mimétisme : cela est peut être lié au fait que la fréquence de parasitage des nids (près de 19 %) des prinias y est très élevée (celles-ci sont donc particulièrement méfiantes). Mais dans d'autres secteurs moins touchés, cette technique pourrait être plus efficace. En outre, cette "ruse" pourrait mieux fonctionner avec les jeunes prinias inexpérimentées. Le fait enfin de ressembler à des oiseaux aussi communs que les euplectes lui permet aussi surement de se percher sur un poste élevé (afin de repérer des cibles potentielles) sans être chassé systématiquement.

Il pourrait exister d'autres cas de mimétisme agressif chez des oiseaux parasites adultes : par exemple l'Indicateur de Wahlberg (Prodotiscus regulus) (lire Les oisillons des indicateurs sont des "tueurs nés") ressemble au Gobemouche à petit bec (Bradornis microrhynchus), et le Coucou surnicou (Surniculus lugubris) ressemble aux drongos (Dicrurus sp.)
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Euplectes ignicolores (Euplectes orix) femelle (à gauche) et mâle (à droite).
Sources : Monkey Boy / Wikimedia Commons


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